Jean-Baptiste WIROTH,
Docteur en Sciences du Mouvement Humain
e-mail : coach-jbw@wts.fr
............Toute performance sportive, compétitive ou non, est conditionnée par les capacités mentales. C’est particulièrement vrai pour les sports de précision où l’agressivité maîtrisée, le contrôle de soi, et les réflexes sont si importants. C’est vrai aussi pour les activités d’endurance comme le vélo, la course à pied, ou le triathlon où la confiance en soi, l’abnégation, et la tolérance à la douleur, sont des éléments clefs de la performance.
En premier lieu, il est important de rappeler que le cerveau doit être approvisionné en permanence en glucose et en oxygène pour fonctionner correctement. En situation d’effort physique, toute baisse de la glycémie se traduit par une diminution des capacités cognitives (prélèvement d’information). En parallèle, divers neurotransmetteurs sont impliqués dans les processus de transmission d’information et de décision au sein du système nerveux. En l’état actuel de nos connaissances, les plus importants sont :
. Les catécholamines (hormones de l’action). Elles comprennent :
.............=> La dopamine qui est sécrétée par certains neurones du cerveau. Sur le plan pathologique, la diminution de la sécrétion de dopamine est responsable des symptômes qui caractérisent la maladie de Parkinson (tremblements musculaires). La dopamine agit comme un « starter de l’action ».
.............=> L’adrénaline et la noradrénaline. Elles sont respectivement sécrétées par les glandes surrénales et par les neurones du système nerveux pour ensuite être libérées dans le sang. Elles jouent un rôle d’activation de l’organisme lors des phases de stress. La noradrénaline agit comme un « amplificateur de l’action ». L’adrénaline est synthétisée à partir de la tyrosine (acide aminé).
. La sérotonine (hormone du bien-être). Elle est sécrétée au niveau de l’intestin à partir d’un acide aminé, le tryptophane. La noradrénaline agit comme un « amplificateur de l’action ». La sérotonine agit comme un « freinateur de l’action ». La sérotonine est synthétisée à partir du tryptophane (acide aminé).
. L’acétylcholine. Elle permet de transmettre l’influx nerveux dans le système neuronal, en particulier à destination des muscles squelettiques. L’acétylcholine est synthétisée à partir de la choline.
Principaux symptômes
Une production altérée de catécholamines peut conduire à une forte anxiété, une difficulté à gérer le stress, une baisse de la motivation, et une fatigue physique et mentale croissante.
Le manque de sérotonine peut se traduire par de l’irritabilité, de l’impatience, de l’agressivité, des difficultés à s’endormir, et par une envie de produit sucrés (en fin de journée).
Dans les sports à forte dépense énergétique, il est fréquent de trouver des symptômes mixtes traduisant une hyposécrétion concomitante de catécholamines et de sérotonine.
Fatigue centrale et nutrition
Pour les sportifs adeptes des longues distances, l’une des problématiques est l’apparition du phénomène de fatigue centrale en fin d’épreuve. La fatigue centrale survient lors d’un effort de longue durée et se traduit par une diminution de la performance sportive avec altération de la vigilance, de la concentration et de la perception de l’effort (qui est subjectivement perçu comme plus pénible).

L’élévation du taux cérébral de sérotonine est l’une des hypothèses expliquant l’apparition de la fatigue centrale. Pour contrer ce mécanisme complexe impliquant le tryptophane, les acides gras libres et le glucose, la consommation d’une boisson glucidique semble être la seule méthode efficace (en l’état actuel de nos connaissances) pour limiter la pénétration de tryptophane dans le cerveau. Certains chercheurs se sont penchés sur les effets d’une supplémentation en tyrosine avant ou au cours d’un effort éprouvant, sans toutefois mettre en évidence une quelconque amélioration de la performance.
En pratique
Pour bien démarrer la journée et accroître son dynamisme physique et intellectuel, il est important de consommer des protéines animales en début de journée, celles-ci étant source de tyrosine, acide aminé précurseur de la dopamine. Il est donc fortement suggéré de prévoir une portion de protéines animales au cours du petit déjeuner, ainsi qu’au repas de midi.
Pour se détendre de manière plus rapide à l’issue d’un effort intense (compétition, entraînement en soirée) et faciliter l’endormissement, il est fortement conseillé de privilégier un repas riche en glucides lors du dîner. Cette procédure est particulièrement importante pour accélérer la récupération post-compétition.
Avant un effort intensif de longue durée ou bien au cours d’un cycle d’entraînement « musclé », il semble important d’assurer des apports suffisants en choline pour éviter la chute du taux sanguin d’acétylcholine et « l’auto-cannibalisme » neuronal qui s’en suit. Pour éviter ce phénomène délétère, la consommation régulière de produits à base de soja et d’œuf est recommandée. Une cure de lécithine de soja peut aussi être envisagée avec le même bénéfice.

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Références
Chos D., Riché D. Diététique et Micro-Nutrition du Sportif. 2003. Editions Vigot
Chinevere T.D. et al. Effects of L-tyrosine and carbohydrate ingestion on endurance exercise performance. J Appl Physiol (2002) :93: 1590–1597.