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La Prépa Mentale

Interview,
Virginie Lemaire

> En quoi consiste la préparation mentale pour un sportif compétiteur ?
 En sport, il y a 4 (voire 5) aspects qui déterminent les performances d’un sportif : le physique,  la technique, la tactique, le mental, et le matériel (uniquement dans certain sports).
Ces quatre (ou cinq) aspects sont tous nécessaires et aucun ne peut être laissé de côté si l’on souhaite optimiser son potentiel.
 
La préparation mentale (au même titre que les autres types de préparation) à donc pour objectif de développer les capacités du sportif et par conséquent d’augmenter notablement ses performances et son bien-être en compétition comme à l’entrainement.
 
> Concrètement, comment ça se passe ?
Pour ma part, je considère que je propose aux sportifs un « entrainement mental ». Autrement dit, comme pour tout type d’entrainement (physique, technique ou tactique) je propose des méthodes, des techniques et des exercices à faire régulièrement pour s’entretenir. Il n’y a pas de magie, il faut travailler assidument pour obtenir de vrais progrès.
Chaque sportif étant différent, le programme s’adapte en fonction des points à améliorer. Dans cette optique, une évaluation des besoins est mise en place au début, milieu et fin de la préparation. Cette base concrète permet d’abord de planifier un programme optimisé pour le sportif et ensuite d’observer concrètement les progrès effectués et les améliorations encore nécessaires.
Toutes les techniques proposées sont concrètes et accessibles à tous. Par exemple, suivant les cas, j’utilise des questionnaires ouverts pour amener le sportif à se penser différemment ou j’aide à structurer efficacement la préparation en entrainement et en compétition. Des techniques telles que la visualisation, la relaxation, la création de routine, la PNL ou l’autosuggestion peuvent être ainsi proposées.

> Quels bénéfices peut-on retirer ?
 Pour résumer simplement : se sentir mieux dans sa pratique et avoir de meilleurs performances sportives.
 
Mais plus précisément, les bénéfices peuvent être : augmenter sa confiance en soi, se fixer correctement des objectifs et se donner les moyens de les atteindre, mieux se connaitre, gérer efficacement la pression, savoir rester concentrer le temps nécessaire, être parfaitement motivé quand il le faut, dépasser certaines peurs ou blocages, éviter et/ou de gérer au mieux les blessures, faciliter la récupération après un entrainement difficile ou une compétition éprouvante, persévérer dans un projet, découvrir de nouvelles sensations, renouer avec le plaisir sportif, planifier correctement sa saison, s’encourager efficacement vers la réussite….etc…
 
> Qui sont les sportifs qui font de la prépa mentale ?
Tous ! Les seuls sportifs non concernés sont ceux qui pensent « je ne souhaite pas m’investir davantage dans mon sport et progresser ».
Pour tous les autres (c'est-à-dire ceux qui veulent améliorer leurs performances et progresser, quels que soient leurs niveaux, leurs âges ou leurs objectifs), la préparation mentale est une étape nécessaire. Bien entendu, certains sportifs ont plus de travail à faire que d’autres et certaines problématiques peuvent paraitre plus ou moins évidentes, mais chacun peut envisager une véritable progression en considérant à sa juste valeur l’aspect psychologique.
D’ailleurs, il ne faut pas travailler mentalement uniquement lorsqu’il y a un problème. La préparation mentale peut et doit intervenir avant. En effet, même à petite dose, elle permet d’éviter certaines erreurs et de valoriser les points forts.
 
> Au bout de combien de temps, peut-on constater les premiers progrès ?
 L’avancée des progrès dépend bien évidemment du sportif. Mais très souvent, on constate très rapidement les premières améliorations. Déjà, en deux ou trois séances, le sportif peut se sentir plus à l’aise et prêt à réussir.
 
Cette progression prouve que le travail est efficace mais il faut se méfier de ce pic initial. Au début je ne mettais pas suffisamment en garde les sportifs sur ce phénomène et certains s’arrêtaient net au bout de trois séances pensant avoir acquis les connaissances nécessaires pour réussir seul.
Pour faire un parallèle plus évident, cet arrêt pourrait se comparer à une idées du type : « ça y est, j’ai fait assez de pompes, j’ai suffisamment de muscles dans les bras pour ne plus travailler »… Bien entendu, ce n’est pas le cas. En ce qui concerne la force physique, c’est une évidence pour tous : rien est acquis, et un entretient permanant est nécessaire. Et bien, il en va de même pour la préparation mentale.
Pour que les effets durent dans le temps et permettent de réel progrès, il faut un investissement dans le temps. Un programme complet prend au minimum trois mois, soit 12 séances à raison d’une séance par semaine (modulable suivant les besoins). Cette première période permet de mettre en place le gros du travail avec le sportif. Ensuite, il est essentiel dans la deuxième phase de mettre en place des séances une fois par mois (ou une fois tous les deux mois) afin de consolider les acquis et proposer les ajustements nécessaires.

> N’est-ce pas difficile pour un sportif d’intégrer ce type de préparation à un planning déjà chargé ?

C’est un entrainement au même titre que les autres, pas un simple « bonus ». Aussi, la préparation mentale doit être naturellement inclue dans le programme du sportif.
Ceci dit, la pratique est souvent moins évidente que la théorie, surtout si l’initiative vient du sportif et qu’elle n’est pas suivi par l’entraineur. Dans ce cas, il est évident que le préparateur doit s’adapter autant que possible aux contrainte de planning du sportif.
Dans cette logique et contrairement à la psychologie classique, une séance annulée n’est pas une séance payée. De plus, la possibilité de travailler par téléphone et internet facilite grandement la mise en place des séances. Même à l’autre bout du monde, en stage, en vacance ou en compétition on peut continuer sa préparation. Bien sûr, l’efficacité du travail reste la même qu’en face à face (ceci à était prouvé par certaines études). Il y a même plusieurs sportifs que je n’ai jamais vu !
 
 
 
> Peut-on s'auto-préparer mentalement ?
 C’est une question intéressante.
Je pense que l’on peut s’intéresser seul à la préparation mentale et se renseigner sur les techniques et les méthodes existantes. On peut même mettre rapidement en pratique certains principes de base et noter de vrai progrès.
 
Cependant, je ne pense pas que l’on puisse véritablement s’auto-préparer mentalement. Il y a deux raisons principales à cela :
- D’abord, il est très difficile de maintenir seul la motivation nécessaire pour travailler régulièrement, même avec une très bonne technique de base. Avoir quelqu’un pour nous pousser dans les moments de doutes, comme dans les moments où tout va bien, c’est un gage de sécurité pour l’investissement à long terme.
- De plus, il est impossible d’avoir le recul nécessaire sur soi. Malgré d’excellentes connaissances sur le sujet, il y a forcément un manque d’objectivité évident qui va nuire à la progression. C’est d’ailleurs pour cela qu’un psychologue ne peut pas travailler sur lui comme il peut le faire avec un inconnu.
 
 
 
> La prépa mentale est-elle généralisée en France dans le milieu du sport ?
Si non, pourquoi ?
 
Disons que c’est en progression, mais malheureusement pas encore assez. On entend encore trop souvent parler d’équipe de préparation dites « complète » mais qui n’incluent même pas de préparateur mental.
 
Dans les pays anglo-saxons par exemple, ce n’est pas quelque chose d’envisageable. Ils ont bien intégrer l’importance des paramètres psychologiques dans la performance.
Et les résultats sont là. Par exemple, beaucoup de français attendus aux JO de 2010 ont eus des performances médiocres par manque de gestion de la pression (Brian Joubert, Claire Chapotot, Xavier et Paul-Henri De Le Rue...). Ce n’est pas un fait que l’on retrouve autant dans les équipes américaines (Lindsey Vonn, Shaun White…).
 
Pour quelle raisons ? Je penses que l’explication se trouve dans notre imaginaire collectif. La psychologie fait encore peur en France. On imagine de suite : Freud, des gens très malade mentalement, de grosses souffrances et l’obligation de parler d’histoires douloureuses passées. « la psychologie? non merci je ne suis pas malade ! ».
 
Pourtant, la préparation mentale est une forme de psychologie positive, accès sur le présent, sur des techniques variées et des exercices efficaces pour se aller vers un mieux (même si l’on est déjà bien). Une chose est sûre : pas de divans, pas de malade, pas de « parler moi de votre mère » ! Pour rassurer les sportifs (et non les patients), j’insiste bien sur le côté « entrainement mental ». Ce terme est généralement plus accessible, plus efficace et il résume mieux le type de travail mis réellement en place.
 
> Que pensez-vous du stéréotype qui associe préparateur mental et gourou ?
 En France, il n’y a pas réellement de diplôme ou de formation, donc tout le monde peut se prêter de fausses compétences et prétendre être préparateur mental. Certains peuvent donc agir de façon non efficace avec les sportifs et abuser de leur crédibilité.
Après, de là à parler de gourou cela va peut-être un peu loin…On peut toujours tomber sur des personnes très extrêmes comme dans n’importe quel domaine, mais c’est loin d’être la tendance générale. Bien évidemment, si l’on vous demande des sommes exorbitantes en promettant que vous serez champion du monde le lendemain matin grâce à une potion verte, il faut peut-être courir loin…
 
 
> Alors comment choisir un bon préparateur mental ?
 Chaque préparateur mental à sa vision des choses, suivant sa formation, ses diplômes, ses expériences, sa philosophie de vie… Par exemple, certains sont plus accès sur la psychologie, d’autres sur le sport ou sur la sophrologie. Il est donc important de se renseigner au préalable auprès de plusieurs préparateurs mentaux différents, sur leurs techniques et méthodes respectives afin de voir lequel vous convient le mieux.
N’hésitez pas à demander des détails précis sur le niveau de formation et le type de diplôme. Un préparateur qui refuse de parler clairement des ses qualifications et de ses méthodes est à éviter.
Les tarifs doivent être énoncés clairement en début de travail et ne doivent pas évoluer pendant la préparation. En moyenne, une préparation mentale coûte entre 50 et 100 euros de l’heure. Plus, c’est clairement exagéré. Moins, il faut se renseigner pourquoi. Pour éviter tout désagrément ou surprise, un contrat peut être proposé au sportif.
Enfin, le programme doit pouvoir s’adapter à vous. Les méthodes toutes faites et strictement identiques pour tous ne sont que rarement des solutions efficaces.
Pour finir, c’est un plus intéressant si le préparateur mental vous propose une évaluation de vos qualités et de votre marge de progression. Vous aurez ainsi un visuel clair et précis sur lequel travailler. 




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