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Qu’est-ce que ça demande de se qualifier pour l’Ironman d’Hawaii ? Est-ce que tout le monde peut espérer participer à l’Ironman d’Hawaii un jour ?

Fred Sultana : L’Ironman d’Hawaï est un championnat du Monde. Donc pour se qualifier, il est nécessaire d’être performant car la concurrence est bien présente quelque soit son groupe d’âge. La performance sur l’Ironman est multifactorielle : il y a plusieurs modes de locomotion, c’est une épreuve d’endurance longue. Par ailleurs, chaque sportif est singulier. Il n’y a donc pas de solution générique pour arriver à se qualifier. Cependant, il n’est pas possible de réaliser une performance sans avoir passé de longues séances d’entraînement dans les trois modes de locomotion. Il faut donc être capable de s’investir dans une préparation sur au moins 4 mois avec des pics de 30 heures par semaine. Cette préparation n’est pas sans conséquence sur son environnement affectif, professionnel… Le projet de se qualifier pour l’Ironman nécessite de se placer dans des conditions favorables difficiles réunir et sa réalisation n’est jamais garantie. Plusieurs tentatives seront parfois nécessaires.

Tout le monde peut espérer participer à l’Ironman d’Hawaï car sans avoir essayé il est difficile d’évaluer son potentiel et ses possibilités de progression. Puisque l’Ironman prend en compte l’âge, il est possible d’envisager une stratégie à long terme et se voir récompenser en essayant de maintenir son niveau de performance dans la longévité.

– Comment tu as fait pour te qualifier ? En quoi a consisté ton entraînement ?

Fred Sultana : La participation à Hawaï n’est pas chose facile car il faut traverser la planète. J’ai donc choisi la solution la plus simple moi afin d’obtenir une qualification : l’Ironman de Nice. Cette épreuve est la plus proche et j’avais participé à l’édition 2008. C’est important de connaitre les spécificités de chaque épreuve à la fois pour s’y préparer mais aussi pour gérer son effort.

Ma préparation d’Hawaï s’est focalisée sur la fin de course. J’ai essayé de me placer en situation de fatigue. Pour optimiser mon entraînement, j’ai choisi d’effectuer des micro cycles de séances longues sur 2 ou 3 jours suivis de 1 ou 2 jours de récupération, soit deux micro cycles par semaine. L’intensité des séances est l’allure IRONMAN ou en dessous. Les dominantes « vélo » ou « CAP » des micro cycles varient en fonction de la météo et de mes sensations. Outre ce travail spécifique, je n’oublie pas de faire quelques rappels F/V (force/vitesse) dans toutes les activités.

– Est-ce que cette course d’Hawaii représente toujours le mythe pour un triathlète et pourquoi ?

Fred Sultana : Je pense que cette course d’Hawaï représente toujours un mythe pour un triathlète car elle nécessite de donner le meilleur de soi pour terminer. Le fait d’avoir du passer par une sélection difficile est une source de motivation supplémentaire car c’est une réelle chance de pouvoir prendre le départ. A plusieurs moments de la course, on atteint ses limites physiques mais aussi ses limites mentales. A Hawaii, on veut « être à la hauteur » à la fois pour honorer sa sélection mais aussi pour accomplir la réalisation de toute une préparation. Il faut donc aller chez au fond de soi, la force pour s’accomplir. Réaliser un tel challenge est à la fois source d’humilité et d’estime de soi. D’humilité car sa performance individuelle est relativisée par rapport à toutes les autres performances : les professionnels, les handicapés, toutes les catégories d’âge, les hommes, les femmes,… D’estime de soi car il fallait le faire et ce n’est pas si simple.

– La course : quelles sont les principales difficultés de ce parcours Hawaiien ?

Fred Sultana :

Chaque parcours a sa spécificité :

–       En natation la densité d’excellents nageurs est telle qu’il est très difficile de s’extraire de la masse. Sur les autres Ironman, beaucoup de concurrents n’ont comme seul objectif que de terminer. Hawaii est la course du championnat du Monde et le classement devient un enjeu supplémentaire. Il faut donc en permanence trouver une place pour nager sans être gêné.

–       En vélo, le parcours est usant par une succession de faux plats montants et descendants mais surtout par un vent très variable difficile apprivoiser. Beaucoup de concurrents s’emballent au début de l’épreuve qui parait facile. Difficile d’échapper à l’excitation et à l’envie de bien faire. Ce n’est qu’après 100 km de vélo que les premiers signes de fatigue apparaissent et que l’on commence à subir le vent, la chaleur, les difficultés du parcours, les incertitudes,…

–       Enfin le marathon est couru sur la fatigue des deux autres épreuves sur un parcours au profil similaire au vélo : une succession de faux plats montants et descendants. Pour corser, la chaleur atteint son maximum à la mi-journée. La deuxième moitié du marathon est donc très éprouvante car la température limite alors l’intensité de l’effort. Jusqu’au bout, il faut lutter pour franchir la « finish line » : à Hawaii « on n’abandonne pas ».

– 5 conseils à donner à un triathlète qui va découvrir le parcours pour la 1ère fois

Fred Sultana : Etre bien préparé ne suffit pas pour réussir sa course. Je pense donc qu’il est difficile de réussir sa course la première fois. Pour ma part, j’ai fait beaucoup trop d’erreurs. Les conseils que je vais donner m’auraient été utiles.

  1. Se mettre à l’heure de la course dès son arrivée sur l’île d’Hawaii. C’est-à-dire aller nager le matin dès 6h45, repérer le parcours vélo par petits tronçons et courir au plus chaud de la journée. Mais, il faut aussi soigner la qualité et la quantité de son sommeil. Une sieste peut s’avérer bien utile pour gérer le décalage horaire.
  2. Ne pas prendre en compte le label championnat du Monde. Il faut faire SON Ironman en faisant abstraction de l’enjeu de cette finale. Les classements intermédiaires ne sont pas importants.
  3. Eviter d’aller au contact pendant la natation (sauf si l’on est un nageur hors pair). Rien ne sert de perdre de l’énergie inutilement à se faire une place plutôt que d’avancer.
  4. Gérer son effort pendant le parcours vélo en gardant des ressources pour le trajet retour qui est souvent contre le vent.
  5. Partir prudemment sur le marathon qui est très difficile sur la fin à cause de la chaleur. Il faut tenir jusqu’au bout, le classement peut être boulversé sur les derniers kilomètres.

Conclusion

Je retournerai à Hawaii mais probablement dans un autre groupe d’âge afin de mieux tirer profit de l’expérience acquise.

 

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